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Tuiles aux loups

Le chant qui venait du froid.

Les tuiles aux loups, ou Tuiles à Loups, sont des tuiles faîtières particulières, qui étaient destinées aux habitations des départements de la Lozère, de l'Ardèche, de la Drôme, de la Vienne et de la Haute Loire. Ces implantations correspondent sensiblement aux anciennes provinces du Gévaudan, du Velay, du Vivarais et du Valençais, toutes réputées pour leur caractère sauvage. Placées sur les toits, en hauteur pour être à l'abri de la neige, la géométrie de ces tuiles, ou de leur agencement, leur faisait émettre un bruit particulier lorsque soufflaient certains vents.

L'usage, ou la légende, veut que ces tuiles annonçaient aussi l'arrivée des loups chassés par les grands froids.
Nous décrivons succinctement ici leur principe.

De quoi s'agit-il?

tuile à loups en lauze

Il est très difficile d'obtenir des renseignements fiables, précis et factuels au sujet des tuiles aux loups tant le sujet est empreint de légendes et chargé de vieilles superstition. Les informations recueillies ici paraissent crédibles, mais seuls les commentaires et témoignages que l'association et le site recueilleront pourront définitivement les valider.

Nous ne sous-estimons pas la difficulté de cette collecte, le sujet dans ces régions étant empreint de secrets aussi profonds que ceux relatifs à la bête du Gévaudan ou à la guerre des camisards.

Dans ce texte, comme dans le reste du site, nous utilisons indifféremment les appellations de "Tuile à Loups" et de "Tuile aux loups". La première rappelant par trop le sinistre "piège à loup", nous lui préférons la seconde.

wolf tileLe climat

Il convient de rappeler que le climat a évolué considérablement dans les derniers siècles. Comme il n'y avait pas d'enregistrements officiels du temps dans la haute époque, seuls les écrits permettent de reconstituer la climatologie du moyen-âge à la fin du 19eme siècle. Retenons que des hivers particulièrement rudes, froids et neigeux, dans des proportions que nous avons quelques difficultés à imaginer aujourd'hui, étaient la règle, notamment au 18eme et 19eme siècle. Le vent de Nord Est, porteur des masses d'air sibériennes chargées de neige, et qui soufflait pendant les mois de Janvier et Février, était particulièrement redouté pour son caractère glacial et sa durée (plusieurs semaines).

wolf tileLa tuile à loups, tuile unique ou agencement.

La tuile aux loups constitue un antique instrument d'alerte des populations de l'arrivée de grands froids, portés par des vents précis. Elle consistait en une tuile spéciale, ou en un agencement des tuiles (ou de lauzes), disposée sur le toit. Aucune indication n'a été retrouvée quand à l'époque où ces tuiles auraient été inventées et posées. Il est probable, sans que l'on puisse le vérifier, qu'il s'agit de temps reculés aussi vieux que l'usage des lauzes.

L'encart ci-dessous, extrait du Livre de Daniel Bernard, est enrichi d'une illustration de F. Proix, représentant une tuile à loups.

Dessin de F.Proix illustrant une tuile à loups

wolf tileLe son

La tuile sonne, ou siffle, ou résonne, à la manière d'un sifflet ou d'un tuyau d'orgue. Sa particularité est de n'émettre un son que lorsque deux conditions sont réunies :

- la direction du vent est relativement précise,

- le vent présente une vitesse minimale.

Ainsi il ne peut pas s'agir d'un dispositif analogue aux bouteilles de verre qui émettent un son quand on souffle sur l'embouchure, car les vents, omnidirectionnels, les feraient tout le temps résonner. La caractéristique faisant que cet instrument d'alerte ne devait fonctionner qu'en hiver résultait probablement plus de l'existence de vents de Nord-est dominants à cette saison qu'au cours des 3 autres.

La tuile pouvait soit comprendre une chambre creuse, qui résonnait quand elle était soufflée par le vent, soit des orifices bien calibrés qui sonnaient dans les mêmes conditions. Cela signifie que la tuile ne devait hurler que lorsque la direction du vent était celle redoutée et repérée, et que le vent était très fort, par exemple d'une vitesse minimale de 30km / h jusqu'à 60km / h. Suivant la forme de la tuile aux loups cette vitesse pouvait sans doute être encore plus importante.

wolf tileLa géométrie

La forme qu'ont, ou que pouvaient avoir, les tuiles aux loups est très variable. Nous présentons ici les formes principales rencontrées dans la littérature ou sur d'autres sites internet. Nous n'avons aucune information quand à des agencements bien particuliers de tuiles ordinaires, qui auraient aussi rempli la fonction de tuiles sifflantes.

Tuile à loup percée d'une ouverture en forme de croix

Illustration extraite du site de musique éolienne d'Uli Wahl cité dans les références : Tuile aux loups percée d'une ouverture en forme de croix. Uli Wahl rappelle que les recherches sur le mot clé allemand, wolfsziegel, comme sur sa traduction anglaise, Wolftile, sont restées vaines.
Aucune précision n'est donnée sur l'origine de cette gravure. Il est simplement précisé une localisation de la maison dans les Cévennes.

On doit s'interroger sur le rôle initial de cet élément, supposé en pierre, granite de Margeride par exemple. S'agit-il d'un élément de décoration et de témoignage de foi qui a été placé sur le pignon et qui s'est avéré ensuite sonner les jours de grands vents du Nord ou du Nord-est, ou bien est-ce une authentique tuile aux loups à laquelle le couvreur, ou l'artiste, a ajouté une dimension religieuse ?

Tuile à loup en terre cuite sur faîte en forme de coq

Cette représentation d'une tuile à loups en forme de coq, illustre la forme que pouvait prendre certaines tuiles à loups, au moins dans les textes. (Image de l'association)

Tuile aux loups multi fenêtres

Tuile verticale multi fenêtres. Aucune précision n'est donnée quand au montage ou à une localisation où elle aurait été observée.

Tuile aux loups de pignon.

Forme probable de tuile à loup destinée à être placée sur faîte de toit et pignon.

 

Quelle que soit sa forme, la tuile aux loups agissait comme un avertissement indirect, annonçant l'invasion imminente des loups. Elle ne servait pas à effrayer les animaux ou à les éloigner. Avec ses fentes et embrasures étroites, sa situation élevée sur les maisons, la tuile à loups reste un rare exemple de l'influence du loup dans l'architecture rurale.


En marge des
tuiles à loups

Les études sur l'histoire et la technologie des tuiles à loups amènent à élargir la question à d'autres thèmes. Nous en présentons ici quelques uns, parmi ceux qui sont trop proches du sujet pour être passés sous silence.

Les Instruments éoliens

Qu'elle soit faite de pierre ou de terre cuite, la tuile aux loups constitue un instrument de musique "à vent", au sens propre du terme. Il faut donc signaler ici l'existence de nombreux instruments à vents moins rustiques, plus éphémères, mais qui produisent des sons en présence du vent. Il peut s'agir de sifflets, souvent montés sur des cerfs-volants, d'orgues faits de bambous ou de matériaux synthétiques (tubes de PVC, bouteilles en plastique), etc. Plusieurs sites internet leurs sont dédiés. Nous en signalons deux:

wolf tileVentcourtois

wolf tileCarnetdevol

 

Les Lauzes

Comme l'ardoise, mais plus épaisse, la lauze est un matériau de couverture minéral. Obtenu par clivage de blocs de schiste ou de gneiss, elle est utilisée sous forme de pierres plates.
Les lauzes étaient extraites de lauzières, pratiquement toutes disparues du territoire français, mais pouvaient aussi provenir de pierriers naturels ou des harassants travaux d'épierrement des champs.
Son utilisation en couverture est très ancienne (au moins deux millénaires) en dépit de deux défauts majeurs, son poids élevé qui nécessite des charpentes fortement dimensionnées, et le fait qu'elle soit un très mauvais isolant thermique, contrairement, par exemple, aux toits de chaume.
Remise à l'honneur par certains plans d'urbanisme qui l'imposent maintenant dans leurs communes, en dépit d'un coût plus élevé que tout autre matériau de couverture, la lauze a été le matériau de couverture par excellence dans le massif central, l'Aubrac et la Lozère.

Les Loups

Impossible de parler de tuiles à loups sans évoquer le meilleur ennemi de l'homme depuis la nuit des temps, même si sa réhabilitation en Europe, sous l'impulsion de quelques visionnaires dans les années soixante-dix, commence à porter ses fruits. De très nombreux ouvrages et de sites lui sont consacrés dans l'Europe entière, et l'on peut s'interroger sur la fascination qu'exerce toujours ce magnifique prédateur. Les très nombreuses légendes qui lui sont associées, son habilité à se dissimuler et sa capacité de survie sur des territoires où il est devenu indésirable, n'y sont certainement pas étrangères. Si l'on y ajoute des comportements sociaux qui nous surprennent, tel que sa fidélité en couple pour la vie, on ne peut que se désolidariser des raisons de son massacre jusqu'au milieu du 20ième siècle et rester crédules devant les peurs qu'il a pu suscitées.

Les vents

Le vent est le grand absent de l'appellation "Tuiles aux loups", mais il en est le vrai moteur. C'est le vent qui par sa direction, sa force et sa vitesse permettait aux tuiles d'émettre leur message d'avertissement. Les régions de tuiles à loups ne manquent pas de vent. Qu'il s'agisse des causses de Lozère, de l'Aubrac ou des montagnes du Velay et du Vivarais, ces régions sont réputées venteuses. Le vent a souvent été considéré avec beaucoup de circonspection dans le monde paysan. Hormis les moulins, la tuile à loups est l'un des rares exemples où il se rend utile. Si une histoire des vents reste à écrire, au delà des grands vents d'Autan, du Mistral et de quelques autres célébrités, on peut remarquer que les vents sibériens, continus, qui soufflaient parfois pendant des semaines en hiver, n'ont jamais été baptisés. A moins qu'ils n'aient perdu leurs noms lorsque les craintes qu'ils suscitaient disparurent.

L'Architectonique

Si le terme paraît compliqué, les interrogations qu'il implique le sont encore plus. En effet, force est de constater que si les tuiles aux loups ont bien été construites dans le but d'alerter les villageois d'un vent susceptible d'amener des loups, on dépasse le simple cadre de la fabrication d'une tuile, même spéciale, pour mettre en œuvre des aspects bien distincts du problème. Ainsi la question de l'orientation de la tuile, s'il s'agit par exemple d'une simple lauze percée, ne pouvait pas se faire sur n'importe quel pignon, il fallait que celui-ci soit orienté pour le vent recherché. Or il est improbable que la maison ait été construite pour supporter une telle tuile. Donc seules quelques maisons pouvaient être éligibles à porter, pour tout le village, une tuile aux loups. La forme de la tuile et la production d'un son devaient aussi rester compatibles avec une météorologie rude, en mettant la tuile hors de portée d'une couche de neige importante. Pour obtenir un son à peu près discernable dans le bruit ambiant, il fallait aussi maitriser les formes et dimensions, des orifices ou fentes de la partie "résonateur" de la tuile. Lesquels ne devaient pas être obturables facilement avec de la neige soufflée. Tous ces éléments rendaient la mise en œuvre d'une tuile à loups efficace incompatible avec des méthodes approximatives. Ce mélange de différentes expertises pour assurer le résultat relève d'une véritable architectonique, certes plus rudimentaire que pour la construction d'un édifice religieux, mais réelle. Notons enfin que, comme pour une église, la dimension métaphysique était présente : il est en effet rapporté (références précises recherchées) que les tuiles à loups étaient installées sur les maisons des rebouteux.